baty : je suis venu

épilogue de la tragédie initiatique chrétienne



du sucre dans l'Essence


Un dimanche de mai 68, à sept heures du soir précisément, mon conditionnement éducatif s’est écroulé sans crier gare, et je me suis retrouvé en un lieu que personne n’est censé visiter : la Réalité. J’y suis resté une quinzaine d’heures avant que le conditionnement, conçu pour se réparer lui-même, ne reprenne le dessus et ne me ramène ici-bas, dans ce paradigme qui n’est qu’une image fallacieuse plaquée sur le Réel par des années d’éducation intensive et obligatoire, mais que tout le monde adore et défend…

Voilà, mes petits enfants (1), je viens de vous parler au premier degré. Maintenant, je vais vous dire la même chose, mais au second degré, en employant le vocabulaire spécialisé et métaphorique de la Bible (2), celui de mon rôle, c’est-à-dire celui de Zorobabel dans ce dernier acte de la tragédie initiatique chrétienne : Je fus saisi par l’Esprit le jour du Seigneur (3) et fus emporté vers Dieu et vers son trône. (4) Je suis resté quinze heures dans le royaume de Dieu avant de redescendre dans le monde. Mais je peux encore vous le dire autrement : L’Esprit-Saint m’est tombé dessus d’un coup, et il est resté sur moi quinze heures durant lesquelles j’ai aussi dormi huit heures comme un loir. À mon réveil, il était toujours là, paix immense.

Quand on me demande ce que j’ai ressenti au moment où le Paraclet, l’Esprit-Saint (5) est descendu sur moi, je réponds que ce fut comme un écroulement : le conditionnement éducatif, qui m’enserrait comme une coque de béton et me coupait du Réel depuis dix-sept ans, s’est désagrégé et est tombé, en miettes. La krisis (6) s’est évanouie : d’un coup, il n’y avait plus de séparation entre le sujet que j’avais été et les choses d’un soi-disant monde extérieur ; plus de moi ni d’esprit personnel percevant des objets : ce fut l’Union soudaine avec toutes choses, le retour à la nature divine originelle (7) que seule l’éducation qui m’avait été imposée avait occultée.

Comme un petit malin qui aurait mis du sucre dans le réservoir de ma mob, le Diable avait mis de la "culture" dans mon esprit, bloquant son fonctionnement, risquant de le casser définitivement comme cela s’est produit pour tous ces gens que Jésus appelle « les morts (8) ». Le Paracletl’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit ni le connaît (9) — était intervenu assez tôt pour me sauver de l’irréparable, mais je n’étais pas encore sorti d’affaire…

À ma grande déconvenue, l’omniscience et l’omnipotence de la nature divine que j’avais recouvrées pour quelques heures s’évanouissaient à leur tour : il allait falloir démonter tout le moteur et nettoyer chacune de ses pièces une par une pour qu’il fonctionne à nouveau normalement. Je l’ai su plus tard, il était prévu que j’acquerrais ce faisant des compétences éducatives qui me permettraient d’aider ceux qui n’étaient pas encore tout à fait morts, mais pour l’heure, j’avais moi-même besoin que l’on m’explique encore beaucoup de choses !

Mon bref passage au Ciel m’avait permis de reprendre Connaissance, mais j’étais encore loin d’avoir saisi les tenants et les aboutissants de la lutte immémoriale que se livraient les forces du Bien et du Mal, c’est-à-dire de l’Intelligence et de la Bêtise. Une citation de Paul, bien qu’extraite d’un contexte légèrement différent, résumait ma situation et mon avenir immédiat : Aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d'un esclave, alors qu’il est le maître de tout ; mais il est sous des tuteurs et des curateurs jusqu’à la date fixée par le Père. (10) Les tuteurs et curateurs qui m’avaient été attribués — en fait dès avant mon "enlèvement" au Ciel — n’étaient plus de ce monde : il s’agissait de quelques-uns de ces Vivants dont parle Jésus quand il dit que Dieu n'est pas un Dieu de morts mais de vivants (11).

L’année d’avant, j’avais lu la Bible par moi-même pour la première fois et ce que j’y avais découvert n’avait pas grand-chose à voir avec ce que j’avais entendu pendant cinq ans au catéchisme. Je ne m’en rendait pas compte, mais à seize ans je vivais déjà une expérience extraordinaire : je lisais à livre ouvert le Livre scellé posé sur la main droite de Dieu ! Étais-je capable de retransmettre ce que je lisais ? Ce n’était sûrement pas le cas puisqu’on m’assignait des tuteurs et curateurs qui allaient me former au métier d’enseignant durant quarante ans tout en m’envoyant simultanément en stage chez le Faux prophète pour que j'étudie comment il coupait dès l'enfance les humains de leur nature divine.

Mes éducateurs m’entraînaient à jouer le rôle de Zorobabel dans la tragédie initiatique et didactique chrétienne inaugurée par Jésus, le charpentier de Nazareth. Celui-ci avait joué le rôle de Jésus/Josué, le premier olivier du Livre de Zacharie (12). À mon tour, je devais tenir le rôle de Zorobabel, le second olivier, pour permettre aux élus d’aujourd’hui de voir et connaître l’Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir, l’Esprit qui était jadis descendu sur les disciples de Jésus le jour de la Pentecôte, puis sur bien d’autres durant les mille ans du Règne de Dieu, et finalement sur moi.

Zorobabel devait incarner le Paraclet (13) pour venir en aide aux rescapés de la grande tribulation de l’ère moderne, les guider vers les Sources d’Eaux de la Vie (14), vers la Vérité totale en prenant de ce qui est à Jésus et en le complétant, car celui-ci n’avait pas tout dit, le contexte d’alors ne le permettant pas. Ceux qui avaient échappé à la première résurrection, qui se trouvaient dans les tombeaux et venaient en jugement en cette fin des temps, ne pouvaient de ce fait pas connaître toute la Vérité. Quelles qu’aient pu être leurs recherches, Dieu restait pour eux un mystère et il fallait y remédier une bonne fois pour toutes.

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, (15) disait Jésus à ses disciples, MAIS VOUS NE POUVEZ LES PORTER À PRÉSENT. Cependant, quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers LA VÉRITÉ TOTALE ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et vous annoncera ce qui doit venir. Celui-là me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. Tout ce qu’a le Père est à moi ; voilà pourquoi j’ai dit qu’il prendra de ce qui est à moi et qu’il vous l’annoncera. (15)

Zorobabel – le second olivier par le canal duquel coule l’huile dorée qui est la parole du Seigneur de toute la terre (16) –, vous l’annonce donc ici et maintenant : En prenant de ce qui appartient à Jésus, je vise trois objectifs majeurs : 1) faire entendre la voix du Fils de l’homme à tous ceux qui sont dans les tombeaux (17), 2) achever le mystère de Dieu en disant à ces derniers tout ce qui n’a pas pu être dit il y a deux mille ans (18), afin que finalement 3) Dieu essuie toute larme de leurs yeux, que la mort ne soit plus et qu’il n’y ait plus ni deuil, ni cri, ni douleur. (19) Évidemment, quiconque reste sourd à la voix du Fils de l’homme, ou rejette son message, n’accède pas à la Vérité totale ; méprisant ou rejetant le Consolateur (le Paraclet), il refuse orgueilleusement la Consolation… mais la colère de Dieu demeure sur lui ! (20)

Comme Paul le disait au début du premier acte de la Tragédie : elle passe, la figure de ce monde. (21) Bientôt les premières choses s’en seront allées (22), le premier ciel et la première terre s’en seront allés et la mer ne sera plus (23) — les chefs de ce monde y travaillent ! La Bêtise accumule en effet toujours les erreurs (péchés) jusqu’à l’erreur de trop, l’erreur fatale, et il convient d’embarquer dans la caravane de Jésus et Zorobabel le plus tôt possible pour rejoindre la Jérusalem nouvelle et le Dieu de toute consolation (24) car, lorsque le soleil deviendra noir comme un sac de crin et que la lune se changera en sang (25) sous l’effet des poussières radioactives qui obscurciront le ciel, qui vous consolera de la perte de votre planète bleue ?

Zorobabel, 11 septembre 2017

notes

  1.  1 Jean 2, 1.
  2.  Pour en savoir plus sur ce vocabulaire, voir la quatrième de couverture et l’introduction du Signe du Fils de l’homme.
  3.  Apocalypse 1, 10.
  4.  Apocalypse 12, 5.
  5.  Jean 14, 26.
  6.  Voir la note 20, au chapitre « ils sortiront des tombeaux ».
  7.  Voir Genèse 1, 26-27.
  8.  Matthieu 8, 22.
  9.  Jean 14, 17.
  10.  Galates 4, 1-2.
  11.  Matthieu 22, 32.
  12.  Cf. Zacharie 4 et Le Signe du Fils de l’homme, pages 338-342, etc.
  13.  Le paraclet (terme grec) est le consolateur et celui qui aide.
  14.  Apocalypse 7,17.
  15.  Jean 16, 12-15.
  16.  Cf. Zacharie 4, 12-14 et Le Signe du Fils de l’homme, page 340.
  17.  Cf. Jean 5, 28-29 – cité à la fin du chapitre : « ils sortiront des tombeaux ».
  18.  Cf. Apocalypse 10, 7.
  19.  Cf. Apocalypse 7, 17 et 21, 4. C’est la Consolation.
  20.  Jean 3, 36.
  21.  1 Corinthiens 7, 31.
  22.  Cf. Apocalypse 21, 4.
  23.  Cf. Apocalypse 21, 1.
  24.  « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation », dit Paul en 2 Corinthiens 1, 3.
  25.  Cf. Apocalypse 6, 12.

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