baty : je suis venu

épilogue de la tragédie initiatique chrétienne



porter du fruit


En cette fin des temps, celui qui fait le bien retrouve la vie éternelle perdue lors de la Chute, et celui qui fait le mal se coupe pour toujours du Seigneur, autrement dit de son esprit, puisque le Seigneur, c’est l’Esprit (1). Mais qu’est-ce que faire le bien, qu’est-ce que faire le mal ? La connaissance du bien et du mal ayant provoqué la chute de l’Homme et de la Femme dans ce monde de douleur, de travail et de mort (2), le fait même de se poser cette question ne revient-il pas à se soumettre encore plus au Péché originel ? Comment faire le bien ou éviter le mal sans avoir la connaissance de ce qui est bien ou mal, sans retomber encore et toujours dans l’Erreur originelle ?

En fait, ce qui est mauvais, c’est d’être tombé dans cette vallée de larmes : c’est la Chute qui fait du mal. Ce qui est bon, qui fait du bien, c’est que Dieu relève les hommes, qu’Il essuie toute larme de leurs yeux et que la mort ne soit plus : qu’il n’y ait plus ni deuil, ni cri, ni douleur (3). La connaissance du bien et du mal est mauvaise car elle a provoqué la Chute : c’est elle le Mal absolu (avec une majuscule). Avant d’acquérir cette connaissance à l’instigation de la plus rusée de toutes les bêtes des champs, c’est-à-dire de la Bêtise, l’Homme et la Femme étaient au Paradis, par conséquent, les débarrasser de cette connaissance représente le Bien absolu, l’unique priorité du Sauveur : le Salut par le retour à l’Intelligence.

Il ne faut pas confondre la connaissance du Bien et du Mal (repérée ici par des majuscules) et la connaissance du bien et du mal (sans majuscules). Pour employer une image, les deux forment comme un T renversé, la première étant verticale, avec le Bien en haut et le Mal en bas, et la seconde, horizontale, à la base de la première, avec le bien et le mal à droite ou à gauche, peu importe, ces derniers correspondant de toutes façons au Mal absolu. La barre horizontale représente le niveau du monde (Mal) ; elle n’a pas de symétrique en haut de la barre verticale (Bien), car il n’y a ni bien ni mal de ce type au niveau du Ciel. En vérité, qui se défait de la connaissance du bien et du mal quitte aussitôt le monde : il monte au Ciel.

Reconnaître que la connaissance du bien et du mal est Mauvaise, voilà donc le Bien. Revenir de ce Péché originel puis aider son prochain à s’en libérer, voilà qui est faire le Bien ; entretenir et conforter son prochain dans cette connaissance erronée et s’y complaire soi-même, voilà qui est faire le Mal ; parvenir à délivrer son prochain de l'Erreur originelle, voilà qui se nomme : porter du fruit. Comme Jésus le disait : « En ceci mon Père est glorifié : que vous portiez du fruit en abondance, et vous deviendrez alors mes disciples » (4). Mais pour devenir les disciples de Jésus (être de ceux qui portent du fruit), encore faut-il avoir la connaissance du Bien et du Mal verticale, la connaissance transcendante, et il n’y a pour cela aujourd’hui qu’un moyen : lire le Signe du Fils de l’homme (Ouverture des six premiers sceaux) et sa suite, ici-même : l’ouverture du septième sceau — l’épilogue de la tragédie initiatique chrétienne.

Le début de cette tragédie didactique correspond à la fin d’un premier plan de Salut où il était déjà question du fruit de la vigne. Quand Jésus de Nazareth endosse le rôle du descendant du Père dans le monde, c’est-à-dire du Fils de Dieu, l’ancien plan de Salut va se terminer sur un tragique échec et, dans le même temps, le premier acte du second va commencer, comme l’explique la parabole des vignerons assassins

« Écoutez une autre parabole », dit Jésus : « Il y avait un maître de maison qui planta une vigne ; il l’entoura d’une clôture, y creusa une cuve et bâtit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit à l’étranger… Lorsque approcha la saison des fruits, il envoya ses esclaves aux vignerons pour prendre du produit de sa vigne. Mais, prenant ses esclaves, les vignerons battirent l’un, tuèrent l’autre, en lapidèrent un autre. De nouveau, il envoya d’autres esclaves plus nombreux que les premiers, mais ils leur firent de même. Finalement, il leur envoya son fils, se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ Mais les vignerons, en voyant le fils, se dirent par-devers eux : ‘Voici l’héritier : allons-y, tuons-le, que nous ayons son héritage !’ Et, le prenant, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. »
« Quand donc viendra le seigneur de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons ? » demande alors Jésus aux grands prêtres, aux anciens du peuple et aux Pharisiens qui écoutent sa parabole… Ils lui disent : « Il fera périr misérablement ces misérables, et la vigne, il la louera à d’autres vignerons, qui lui en remettront les fruits en leur temps. » (5) Après avoir émis ce jugement, ils comprirent qu’ils venaient de se condamner eux-mêmes ! (6)

Au début du chapitre 15 de l’évangile de Jean, dans le cadre du premier acte du nouveau plan de Salut, Jésus transpose la Vigne sous la forme d’un modèle allégorique destiné d’abord à l’instruction de ses premiers disciples puis, au-delà d’eux, à tous ceux qui veulent redevenir des sarments sains et féconds qui, à leur tour, formeront de nouveaux disciples porteurs de fruit en abondance, car l’Œuvre bénéfique du Vigneron consiste à revivifier les sarments malades en les purifiant de toute trace du Mal, de cette maladie qui les coupe de leur Cep, c’est-à-dire de la Bêtise qui sépare les humains de leur esprit.

Moi, je suis le cep, le vrai, et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il le purifie, pour qu’il en porte davantage. Purs, vous l’êtes déjà, vous, grâce à la parole que je vous ai dite. Restez en moi, de manière que je sois en vous. De même que le sarment ne peut porter du fruit par lui-même s’il ne reste sur le cep, ainsi vous non plus, si vous ne restez en moi.
Moi, je suis le cep ; vous, les sarments. Celui qui reste en moi, de manière que je sois en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car séparés de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne reste pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche ; et les sarments secs, on les ramasse et on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous restez en moi et que mes paroles restent en vous, demandez ce que vous voulez, et cela vous arrivera.
En ceci mon Père est glorifié : que vous portiez du fruit en abondance, et vous deviendrez alors mes disciples. (7)

Rester dans la parole que Jésus a dite, n’avoir qu’elle en soi pour ne plus laisser place à quelque enseignement mondain que ce soit, c’est être pur et apte à porter du fruit, capable d'aider son prochain à nettoyer son esprit de tous les mensonges que les faux prophètes ont pu y loger, afin d’en faire un disciple qui à son tour témoignera et portera beaucoup de fruit : il n’y a pas d’autre manière de faire le Bien et de participer à la caravane de Jésus et Zorobabel. En ce temps de sortie des tombeaux, seule cette caravane permet d’aller jusqu'aux Sources d'Eaux de la Vie (8) : à une résurrection de Vie — qu’on se le dise ! Rester coupé du Cep, rester un sarment sec, c’est aller à coup sûr vers le feu qui ne s’éteint pas (9), dans la fournaise de feu : là seront les pleurs et les grincements de dents (10).

notes

  1.  2 Corinthiens 3, 17.
  2.  Cf. Genèse 3, 16-19.
  3.  Cf. Apocalypse 21, 4.
  4.  Jean 15, 8.
  5.  Matthieu 21, 33-41.
  6.  Cf. Matthieu 21, 45. Pour en savoir plus sur la vengeance divine, voir en particulier la page 232 du Signe du Fils de l'homme, au chapitre « l'Adversaire ».
  7.  Jean 15, 1-8.
  8.  Apocalypse 7,17.
  9.  Cf. Marc 9, 48.
  10.  Matthieu 13, 42.

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