baty : je suis venu

épilogue de la tragédie initiatique chrétienne



hallucination collective


Au départ, Jésus disait : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (1), mais il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. (2) Il a donc élargi le champ de sa mission, disant : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail ; celles-là aussi il faut que je les mène, et elles écouteront ma voix, et il y aura alors un seul troupeau, un seul Berger. » (3) La parole de Vérité a donc touché qui elle a pu au sein de la maison d’Israël, mais c’est surtout hors de celle-ci, dans tout l’empire qui s’étendait alors à l’ouest de l’Indus qu’elle a touché le plus grand nombre de gens.

Aujourd’hui, un nouvel élargissement à d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail, c’est-à-dire qui ne sont pas chrétiennes, s’impose, car si le christianisme est bien implanté en Occident, il ne l’est guère en Orient, malgré les efforts des missionnaires qui ont proclamé l’Évangile du Royaume dans le monde entier, en témoignage pour toutes les nations. (4) Il fallait qu’ils le fassent pour qu’arrive la Fin (5), mais le remède aux formes occidentales de la Bêtise qu’ils apportaient n’était pas totalement adapté aux formes orientales. Quant au remède propre à lutter contre ces dernières, il s’est réciproquement répandu en terres chrétiennes sans pour autant que ce mélange entraîne l’unification des témoignages : ils sont restés bien distincts, comme s’ils ne traitaient pas du même sujet !

La raison en est que ces deux témoignages étaient morts depuis longtemps, car aux alentours de l’an mil, la Bête qui monte de l’Abîme leur a fait la guerre et les a tués (6). Depuis, leur cadavre est sur la place de la Grande Cité (la Civilisation), et des hommes d’entre les peuples, et tribus, et langues et nations regardent leurs cadavres […] et ils ne les laissent pas mettre dans une tombe. Et ceux qui habitent sur la terre se réjouissent à cause d’eux et exultent, et ils s’envoient des cadeaux les uns aux autres, car ces deux prophètes ont tourmenté ceux qui habitent sur la terre. (7)

Ces prophètes sont les deux témoins, c’est-à-dire les deux témoignages dont j’ai parlé plus haut. L’un se trouvait donc à l’ouest de l’Indus, et l’autre à l’est. En quoi ont-ils tourmenté ceux qui habitent sur la terre ? En ce qu’ils contredisaient radicalement de leur "vivant" la manière mondaine de voir les choses, celle qu’inspire la Bêtise. Mais la Bête les a tués sans les faire disparaître : elle les a rendus inoffensifs, a récupéré leurs dépouilles pour nourrir sa culture, les transformant en textes fondateurs de sa civilisation, alors que la finalité de ces témoignages était de saper les fondements mêmes de la Civilisation !

Preuve qu’il est mort, le témoignage chrétien s’est aujourd’hui spécialisé dans la morale, pourtant cause de la Chute ! Au lieu d’être la voie de retour vers le Paradis ou la maison du Père (8), il se mêle de pacifier ou d’améliorer le monde, mais comme je l’ai écrit en avril 2005 : Dieu n’a jamais essayé d’aménager le Monde pour que l’Humanité puisse s’y épanouir, au contraire, toute l’Écriture tend vers un seul but : la Fin du Monde. Ses brebis étant tombées au fond d’un trou  — l’antre de la Bête —, le Bon berger s’emploie depuis à remonter celles qui ne sont pas mortes et qui veulent bien se laisser faire, n’hésitant pas à descendre lui-même mater la Bête pour gagner du temps. Quand les dernières seront remontées, il dynamitera cette fosse afin qu’aucune n’y retombe jamais. (9)

Par les grands signes et prodiges qu’ils ont faits devant les hommes, les faux prophètes ont tué les paroles de Vérité, à l’est comme à l’ouest de l’Indus, c’est pourquoi mon livre réunit les deux témoins pour rassembler les "brebis" des quatre vents (10) et former un seul "troupeau". Avant moi, des auteurs ont opéré des rapprochements entre bouddhisme et christianisme, mais sans jamais manquer de respect à la Bête et, signe qui ne trompe pas, elle les a récompensés en éditant et en distribuant leur études, alors que je me suis pour ma part toujours heurté à des refus – ce qui va de soi puisque le monde entier gît au pouvoir du Malin ! (11)

Comme je l’ai dit au chapitre précédent, le Signe du Fils de l’homme — Ouverture des six premiers sceaux — étant  écrit sur les lignes et entre les lignes, il ne me reste plus qu’à rendre visible ce qui était jusque-là sous-entendu. Mais je ne vais pas reprendre un par un tous les points communs entre les deux témoignages, seulement vous présenter, petits enfants, la substantifique moelle de quelques écrits produits par la réunion des deux injections orientales, et vous allez vite comprendre en quoi consiste la Sagesse oubliée dont je parlais plus haut, en quoi elle s’oppose radicalement à l’image de la Bête que tous vénèrent aujourd’hui (12) — ce paradigme de la Bêtise qu’est la manière moderne de voir les choses…

Historiquement, c’est quand les sérums de Vérité indiens et chinois (bouddhisme et taoïsme) se sont mélangés que l’expression de la Vérité est devenue ultra-percutante. En conséquence, inutile de remonter ici aux origines du bouddhisme : gagnons mille ans en prenant le train en marche vers le Ve ou VIe siècle de notre ère, à l’époque où un certain Bodhidharma arrive en Chine porteur d’un soûtra indien dont voici quelques morceaux choisis :

Toutes choses ne sont rien d’autre que des perceptions. Voir l’état réel de toutes choses, c’est pouvoir réaliser qu’elles ne sont que des perceptions au sein de l’esprit. (13)

Le corps, ses possessions et l’environnement ne sont que des reflets de l’esprit. Ne pouvant le comprendre, les sots du commun s’adonnent à l’affirmation et à la négation. Mais ce à quoi ils se livrent alors n’est qu’esprit car on ne peut rien trouver qui ne soit esprit. (14)

Ainsi, tous les mondes n’étant que des constructions de l’esprit, les opinions se déchaînent à propos des notions de moi et de choses. (15)

De même qu’une peinture toute plate peut donner une impression de relief, de même les choses apparaissent bien que n’existant pas. (16)

L’attachement à la réalité de ses propres perceptions est le moteur de la production des pensées. Ce qui est alors perçu n’a réellement rien d’extérieur. (17)

La variété des apparences que perçoit l’esprit imprégné de mauvaises habitudes est par erreur prise pour extérieure à l’esprit qui hallucine la matière. (18)

Erreur que de percevoir des objets extérieurs ! Il n’y a pas d’objets mais seulement de l’esprit. L’examen logique de ces objets débouche sur la fin de la dualité du sujet et de l’objet. (19)

Ce qui est perçu, c’est seulement votre esprit. Il n’existe aucun objet qui lui soit extérieur. Méditez ainsi et l’erreur vous quittera. (20)

Quand on voit son propre esprit, on arrête de babiller, mais quand on ne le voit pas, on ne cesse de fantasmer. (21)

Le corps, ses possessions et le monde environnant, tout cela, ce ne sont que des apparences de la conscience fondamentale perçues dans la dualité du sujet et de l’objet. Une fois qu’ils ont chu dans le dualisme de ce qui naît, dure et se détruit, les sots hallucinent les fictions de l’être et du non-être. (22)

Ce genre de puissant attachement présente une infinité d’aspects qui se ramènent tous à l’attachement que les sots éprouvent pour les idées qu’ils inventent. Ils se font de ces idées comme le ver à soie tisse son cocon : le fil de leurs idées fausses les retient prisonniers, eux-mêmes et les autres. (23)

Les nihilistes restent prisonniers de leur quête du plaisir sans réaliser que les choses ne sont que des perceptions au sein même de leur esprit. (24)

Et il en va de même de ceux qui prennent des airs pour critiquer la paille dans l’œil de leur frère, alors qu’ils ont comme tout un chacun une monstrueuse poutre dans l’œil (25), à savoir un conditionnement éducatif qui leur fait croire en la réalité — l’extériorité — de choses qui ne sont pourtant rien d’autre que des perceptions au sein même de l’Esprit ! Mais grâce à cette expression orientale de la Vérité qui vous la désigne sans ambiguïté, vous devriez maintenant pouvoir ôter cette poutre de votre œil, petits enfants, et retrouver la vue juste dont vous jouissiez avant que les faux prophètes ne vous plongent comme tout le monde en pleine hallucination collective !

Zorobabel, Noël 2017

notes

  1.  Matthieu 15, 24.
  2.  Jean 1, 11.
  3.  Jean 10, 16.
  4.  Matthieu 24, 14.
  5.  Fin du verset de Matthieu 24, 14 : Et alors arrivera la Fin. Dieu a dûment informé les humains de la finitude de leur monde.
  6.  Apocalypse 11, 7.
  7.  Apocalypse 11, 9-10.
  8.  Comme dans la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15, 11-32).
  9.  Page 172 du Signe du Fils de l’homme.
  10.  Matthieu 24, 31.
  11.  1 Jean 5, 19.
  12.  Pour l’image de la Bête, voir Le Signe du Fils de l’homme, pages 13, 169, 171, 177, 178, 180, 194, 226, 229, 284, 289, 324.
  13.  Citation du Soûtra de l’Entrée à Lankâ (Laṅkāvatārasūtra), Collection Trésors du bouddhisme, Fayard 2006, pages 135 et 136.
  14.  Idem page 101.
  15.  Idem page 273.
  16.  Idem page 274.
  17.  Idem page 278.
  18.  Idem page 280.
  19.  Idem page 283.
  20.  Idem pages 289 et 290.
  21.  Idem page 334.
  22.  Idem page 93.
  23.  Idem page 179.
  24.  Idem page 166.
  25.  La paille et la poutre : Matthieu 7, 3-5 ou Luc 6, 41-42. Dans le Signe du Fils de l’homme, il est question de la poutre aux pages : 22, 34, 144, 145 et 157. Voir aussi le dernier chapitre des stances d’Anatole Blastos, intitulé : « la poutre dans l’œil ».

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