baty : je suis venu

épilogue de la tragédie initiatique chrétienne



marcher sur l'eau


Dieu est tout puissant — tout est possible à Dieu —, mais les démons et les faux prophètes font eux aussi des miracles, des signes et des prodiges : comment s’y prennent-ils et quelle différence y a-t-il entre les pouvoirs divins et les leurs ? Fondamentalement, il n’y en a aucune : dans les deux cas le même principe est mis en œuvre, celui de la création par le logos, c’est-à-dire par la Parole, comme lors de la création de la lumière ou, plutôt, de sa parution (1).

Le prologue de l’évangile de Jean dit que par le logos tout a paru, que sans lui rien n’a paru de ce qui est paru (2). Mais qui peut admettre aujourd’hui que les choses qui ont paru ne sont que parole, c’est-à-dire que des mots ? Cette thèse contredit la vision des choses de ceux qui, comme Thomas, ne croient qu’en ce qu’ils voient et touchent (3), mais elle est en accord avec l’affirmation que Dieu est esprit (4) et que Dieu est seul (5) — autrement dit que l’Esprit est seul —, qu’il n’y a que l’Esprit et qu’il parle, qu’il s’exprime sans que ses expressions ne sortent jamais de Lui qu’en apparence, puisque toutes choses subsistent en Lui (6), et que c’est de Lui, et par Lui, et pour Lui que sont toutes choses. (7)

S’il y avait eu un autre être que Dieu, les choses qui subsistent en Lui (c’est-à-dire en l’Esprit) apparaîtraient pour ce qu’elles sont : un souffle (puisqu’elles sont esprit (8)) ; mais, comme ce point de comparaison est depuis toujours et à jamais introuvable, les choses paraissent réelles au point d’être prises pour des êtres, voire pour des dieux, par ceux qui se laissent prendre aux apparences — ce qui est a priori normal puisqu’il n’y a QUE des apparences —, mais aussi et malheureusement aux discours de ceux que le monde présente comme des puits de science, ces "scientifiques" qui cherchent et inventent une autre connaissance que celle de Dieu, qui font des signes et des prodiges et en égarent beaucoup (9)

Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l’ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles, n’ont pas été capables de voir Celui-qui-est, qui, en considérant les œuvres, n’ont pas reconnu l’Artisan.
Au contraire, c’est le feu, ou le vent, ou l’air rapide, ou la voûte étoilée, ou l’eau impétueuse, ou les luminaires du ciel qu’ils ont regardés comme des dieux gouverneurs du monde ! Que si, charmés de leur beauté, ils les ont pris pour des dieux, qu’ils sachent combien leur maître est supérieur, puisque c’est l’Auteur même de la beauté qui les a créés. Et si c’est leur puissance et leur énergie qui les ont frappés, qu’ils en déduisent combien plus puissant est Celui qui les a formés, car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, percevoir leur Créateur.
Cependant, ceux-ci ne méritent qu’un léger blâme ; en effet, peut-être ne s’égarent-ils qu’en cherchant Dieu et en voulant le trouver. Bouleversés par ses œuvres, ils les scrutent et se laissent prendre aux apparences tant ce qu’on voit est beau ! Pourtant, eux non plus ne sont pas excusables, car s’ils ont été capables d’acquérir assez de science pour pouvoir conjecturer le monde, comment n’en ont-ils pas promptement découvert le Maître ? (10)

L’Artisan, le Créateur, le Maître, le Seigneur, c’est l’Esprit (11). Quand l’Esprit dit : « Que la lumière paraisse », la lumière paraît. C’est de Lui et par Lui qu’il en est ainsi, mais aussi POUR Lui ; l’Esprit voit donc la lumière et il évalue celle-ci : il voit qu’elle est bonne, et ainsi paraissent les ténèbres, par dichotomie, car toutes choses vont par deux, l’une en face de l’autre, et il n’a rien fait qui déroge (à cette règle) (12). Le processus de création (ou d’apparition) des choses, se fait donc d’abord par la parole, puis par la séparation. Cette seconde phase consiste en une évaluation de la chose que la nomination a fait paraître, en un jugement de valeur qui la divise et la transforme en un couple d’opposés : Dieu dit : « Que la lumière paraisse », et la lumière paraît. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres (13).

Les couples d’opposés sont donc créés par la connaissance que Dieu a de ce qui est bon et mauvais. En Genèse 3, 22, il est dit que Dieu a connaissance du bien et du mal (de ce qui est bon et de ce qui est mauvais). Cette connaissance est représentée un peu plus haut (en 2, 9) par l’arbre de la connaissance du bien et du mal, arbre dont l’Homme et la Femme ne doivent jamais manger (le fruit) sous peine d’en mourir ! (14) Évidemment, écoutant la Bêtise rusée, ils croqueront dans ce fruit et auront, comme Dieu, connaissance du bien et du mal. Mais s’emparer du pouvoir de son Seigneur sans en comprendre totalement la nature, c’est jouer les apprentis sorciers…

Contrairement aux autres créatures, hommes et femmes ont la parole puisque créés à l’image de Dieu : ils sont des dieux ! En nommant, ils imaginent… et, comme ils ont aussi dorénavant la connaissance du bien et du mal, ils peuvent "créer" autant de choses qu’ils le veulent en fragmentant les apparences. Aujourd’hui, plus que jamais, ils ne s’en privent pas, et les voilà — comme dans le mythe moderne de l’Apprenti sorcier — submergés de choses qui ne sont que des mots, mais qu’ils prennent pour des réalités à cause de leur ignorance de ce qui est, c’est-à-dire de Dieu, de l’Esprit, du Réel. Ils ont les pouvoirs des dieux qu’ils sont, mais ces pouvoirs ne sont de toute manière pas réels puisque les choses qu’ils créent ne sont que souffle (esprit), que hèbel (souffle, haleine, buée, brouillard, vanité) (15) :

Vanité des vanités, disait Qôhèlet,
vanité des vanités : tout est vanité ! (16)

C’est parce que les choses ne sont pas réelles (comme Lui est réel), parce qu’elles subsistent en Lui, que l’Esprit peut en faire (pour Lui) ce qu’il veut : les faire apparaître, disparaître… ou faire d’elles ce qui passe pour des miracles aux yeux de ceux qui sont dans l’ignorance de Dieu (17). Car ces miracles ou ces prodiges n’en sont pas vraiment. Comme Jésus l’explique : Tout est possible à celui qui croit (18) ; par exemple, si quelqu’un dit à une montagne : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer », et s’il ne doute pas en son cœur mais croit que ce qu’il dit arrive, il l’aura. C’est pourquoi je vous le dis : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous l’aurez. (19) Autrement dit, c’est la croyance qui modifie les choses dans l’Esprit, pas un pouvoir surnaturel qui s’appliquerait aux choses d’un monde supposé extérieur (à l’Esprit).

Ainsi, marcher sur la mer, comme Jésus le faisait, n’est pas plus extraordinaire que de marcher sur la terre, comme le font la plupart des gens. Y croyant, Pierre marche sur l’eau ; n’y croyant plus, il manque de se noyer ! (20) Tout dépend de ce que l’on croit, et chacun croit forcément à quelque chose, qu’il le veuille ou non ! Sauf qu’aujourd’hui les gens croient à peu près aux mêmes choses et voient par conséquent pratiquement le même monde : à quoi cette communauté de vues est-elle due ? Au conditionnement unique auquel tous sont soumis sur cette planète : celui de l’éducation imposée par la Quatrième bête de Daniel…

La quatrième bête : il y aura sur terre un quatrième royaume qui différera de tous les royaumes, il dévorera la terre entière, l’écrasera et la broiera. (21) Cette prophétie n’annonce pas une catastrophe de plus, car elle est déjà réalisée : nous vivons tous depuis longtemps sous l’emprise de la Bête (22), dans son royaume, et c’est de ce dernier dont nous devons sortir pour entrer dans le royaume de Dieu…

notes

  1.  Voir la note 10 du chapitre « La Sagesse oubliée ».
  2.  Cf. Jean 1, 3.
  3.  Voir Jean 20, 24-29. « Heureux ceux qui croient sans voir ! », dit Jésus à Thomas en 20, 29.
  4.  Jean 4, 24.
  5.  Galates 3, 20.
  6.  Colossiens 1, 17.
  7.  Romains 11, 36.
  8.  En hébreu (Ancien Testament) comme en grec (Nouveau Testament), le terme traduit en français par "esprit" signifie aussi : souffle, vent.
  9.  Cf. Matthieu 24, 24.
  10.  Sagesse 13, 1-9.
  11.  2 Corinthiens 3, 17.
  12.  Siracide (Ecclésiastique) 42, 24. La section d’où est extraite cette citation commence par ce verset (42, 15) : « Je vais maintenant rappeler les œuvres du Seigneur, et ce que j’ai vu, je vais le raconter. C’est par les paroles du Seigneur que ses œuvres ont paru. » (Citation de la note 703 du Signe du Fils de l’homme.)
  13.  Cf. Genèse 1, 4.
  14.  Cf. Genèse 2, 16-17.
  15.  Pour le sens de ce terme hébreu, se reporter aux trois chapitres du Signe du Fils de l’homme intitulés : « Vanité des vanités », « Tout est vanité » et « Caïn m’a tué ».
  16.  Qôhèlet (l’Ecclésiaste) 1, 2.
  17.  Sagesse 13, 1 ; voir ci-dessus.
  18.  Marc 9, 23.
  19.  Marc 11, 23-24.
  20.  Cf. Matthieu 14, 25-31.
  21.  Ce quatrième royaume était pour Daniel l’Empire d’Alexandre le Grand ; il le voyait porteur d’une nouvelle forme de bêtise (l’hellénisme) qui se nourrirait des trois formes précédentes et contaminerait finalement toutes les Nations de ses idées fausses. Sur le plan historique, cette ultime métamorphose de la Bêtise sera blessée à mort par le christianisme, mais elle ressuscitera et ce sera "la Renaissance". Pour plus de détails sur ces péripéties, voir les stances d’Anatole Blastos.
  22.  Apocalypse 13 — etc.

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