baty : je suis venu

épilogue de la tragédie initiatique chrétienne



ontologie


Quand Dieu dit : « Que la lumière paraisse ! », la lumière paraît (1). Car lorsque le logos crée, ce qu’il crée paraît (par lui tout a paru, et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru (2)). Depuis le début de l’ouverture des Sept sceaux, en 2001, je ne dis pas que Dieu existe mais qu’il est, réservant le verbe "exister" à tout ce qui a paru, aux créatures, à tous les éléments de la Création, y compris les humains, que je ne qualifie jamais d’êtres humains. Il n’y a pour moi qu’un seul être, Dieu, qui nous a révélé son Nom par l’intermédiaire de Moïse, à savoir : « Je Suis (3) ». Les hommes diront ensuite « Yahvé », c’est-à-dire « Il est », ou encore « Celui-qui-est, et Celui-qui-était, et Celui-qui-vient (4) », mais ces appellations confirment que Dieu est et qu’Il est le seul à être. Dieu est seul (5), Dieu seul est, et Il le dit encore Lui-même de cette manière :

« De toute éternité je suis Moi. (6)
Avant moi, aucun dieu ne fut créé, et après moi il n’y en aura pas. (7)
Je suis Moi, je suis le Premier, je suis aussi le Dernier. (8) »

L’Être n’a pas été créé et il est exclusif : aucun autre être n’a paru, n’a été ni ne sera créé. Il est donc seul de toute éternité. Par emprunt à des sociétés qui voyaient des "dieux" partout et les craignaient, le mot "Dieu" a été associé à « Je Suis » pour indiquer sa puissance aux idolâtres, et leur faire comprendre qu’Il était unique puisqu’il n’y avait pas d’autre être que Lui. Cette opération ne visait pas à promouvoir le monothéisme dans le monde, il s’agissait seulement de rediriger l’attention de tous ceux qui étaient égarés par ce qu’ils voyaient vers le seul être de grand pouvoir qui soit, mais qui est l’Invisible (9) par excellence : l’Esprit !

Car au cœur du Mal se trouve l’Idolâtrie — la bêtise qui consiste à communiquer le Nom incommunicable, c’est-à-dire l’Être, à des objets qui ne diront jamais d’eux-mêmes : « Je suis ». L’idée de fabriquer des idoles, dit le Livre de la Sagesse (10), a été l’origine de la prostitution [11], leur invention a corrompu la vie. Parce qu’elles n’étaient pas au commencement, elles ne seront pas non plus éternellement ; c’est en effet par la vaine imagination des hommes qu’elles ont fait leur entrée dans le monde, et c’est pour cela qu’une fin rapide leur a été réservée (12).

Mais voilà qui devint un piège pour la vie : que des hommes — tributaires des circonstances ou des pouvoirs — eussent attribué à des pierres et à des morceaux de bois LE NOM INCOMMUNICABLE [13]. Ensuite, il ne leur suffit plus de s’égarer au sujet de la connaissance de Dieu, mais alors que l’ignorance les fait vivre dans une grande guerre, ils donnent à de tels maux le nom de paix ! (14)

Car le culte des idoles SANS NOM
est le principe, la raison et l’aboutissement de tout mal. (15)

Communiquer le Nom incommunicable à une pierre ou à un morceau de bois, c’est faire d’une chose qui subsiste dans l’Esprit un être ; en l’occurrence, dans le cas d’une idole de pierre ou de bois : un dieu. Bien entendu cette opération n’est que bêtise, puisque l’être, c’est-à-dire le Nom, ne se communique ni ne se partage jamais. À part dans la vaine imagination des hommes, l’idole est en réalité toujours SANS NOM. Quand les idolâtres imaginent, ils hypostasient une image, c’est-à-dire une chose que le logos a fait paraître (16). Ils voient en elle un être réel, un dieu, comme cette représentation en or et en trois dimensions d’un veau d’inspiration égyptienne que les Hébreux se fabriquent et adorent au pied de l’Horeb (17)… mais qui ne dit évidemment jamais par elle-même : « Je suis » !

Même si l’idole est censée représenter Yahvé et pas quelque divinité païenne, elle s’interpose de toute façon entre Dieu et ses adorateurs : elle n’est pas un support à l’adoration, mais un obstacle. Comme Jésus le disait à la Samaritaine : Les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. DIEU EST ESPRIT, et ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et vérité (18). C’est-à-dire d’esprit à Esprit (de leur esprit personnel (19) à l’Esprit-Dieu), car s’il existe une représentation de la Divinité, elle fait écran.

D’où le premier commandement du Décalogue : Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne te feras pas de statue ni aucune forme de ce qui est en haut dans les cieux, ou de ce qui est en bas sur la terre, ou de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne les serviras pas, car moi, Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, châtiant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième génération pour ceux qui me haïssent, mais qui témoigne fidélité à des milliers pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements. (20)

La raison de l’interdiction de faire des images (en 3D = statues, ou en 2D = formes) se comprend dès lors que l’on se souvient que toutes choses subsistent dans l’Esprit-Dieu. Celles-ci n’étant qu’Esprit, leur re-présentation provoque un dédoublement de l’Esprit, qui semble ne plus contenir que des représentations, pendant que les images originelles s’éloignent jusqu'à résider hors de Lui ! Re-produire une chose qui n’est que connaissance crée un hiatus dans l’Esprit, une séparation, en grec biblique : krisis — terme qui sera employé dans le Nouveau Testament pour signifier la séparation d’avec Dieu, le Jugement et la condamnation éternelle (21).

Car lorsque l’Esprit est ainsi séparé des choses qui subsistent en Lui — même fictivement —, c’est la crise (22) ! Tout au long de l’Ancien Testament, les colères de l’Esprit-Dieu contre les idolâtres seront terribles, à commencer par celle qui décimera les adorateurs du veau d’or. Pourtant, il ne s’agissait encore là que d’une forme primitive du Mal… Finalement, l’idolâtrie souillera tout ce qui a paru, transformant toutes choses, tout ce qui existe et subsiste dans l’Esprit, en des êtres individuels et autonomes qui éclipsent aujourd’hui leur Créateur, le seul Être qui soit !

L’Esprit est réduit à l’émanation d’une masse gélatineuse de neurones, alors que les reproductions interdites des choses qui subsistent en Lui s’affichent partout : le Créateur a disparu, enseveli sous les multitudes d’images prises par les créatures qu’il avait faites à son image ! (23)

notes

  1.  Genèse 1, 3. Voir la note 10 du chapitre précédent.
  2.  Jean 1, 3.
  3.  Exode 3, 14. Imparfait hébreu : voir la note 270 du Signe du Fils de l’homme et, plus généralement, le chapitre intitulé : « Le Nom de Dieu ».
  4.  Apocalypse 1, 8.
  5.  Galates 3, 20.
  6.  Isaïe 43, 13.
  7.  Isaïe 43, 10.
  8.  Isaïe 48, 12.
  9.  Hébreux 11, 27.
  10.  Le Livre de la Sagesse est considéré par certains chrétiens comme apocryphe bien qu’il ait inspiré Jean et Paul.
  11.  Métaphore : l’idolâtrie — qui consiste à communiquer l’être incommunicable à des objets qui en seront toujours dépourvus — est considérée comme la prostitution spirituelle ultime.
  12.  Sagesse 14, 12-14.
  13.  Autre traduction possible : le Nom impartageable.
  14.  Sagesse 14, 21-22.
  15.  Sagesse 14, 27.
  16.  Deux mots grecs signifiant "image" ont été employés par l’auteur du Livre de la Sagesse pour représenter les deux pôles de la vaine imagination idolâtrique : eikôn (icône), qui est l’image au départ vide d’être (comme en Sagesse 13, 13), puis eidôlon (idole), l’image hypostasiée (comme en Sagesse 14, 27 — au pluriel).
  17.  Exode 32.
  18.  Jean 4, 23-24.
  19.  Celui-ci est fictif et résulte du dédoublement idolâtrique (voir plus loin). Quand l’esprit personnel disparaît, alors resplendit l’Esprit unique, le Saint.
  20.  Exode 20, 3-6 : Premier commandement d’après le comptage chrétien. Voir aussi Deutéronome 5, 7-10.
  21.  Comme par exemple en Jean 5, 29 (dernier mot).
  22.  Le mot français crise vient du grec krisis.
  23.  Cf. Genèse 1, 26-27.

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